De l’Aberwrac’h au Crouesty (et autres péripéties…)

Croisière sur Kervégon du 27 août au 3 septembre 2022

Arrivée à l’Aberwrac’h le 25 août au soir, la journée du 26 est consacrée au ménage du bateau, à l’intendance et aux petites réparations avant d’accueillir mon nouvel équipage pour la suite de la croisière estivale.
Tim, Léo et Bruno prennent ainsi place à bord et nous voilà prêts à quitter la Manche pour rejoindre la façade Atlantique !

Après étude des conditions de navigation et concertation, on décide de mettre le cap sur l’Alber Ildut pour une première escale encore inconnue de nous toutes.s.
On ne sera pas déçus de notre choix ! La navigation nous offre de superbes panoramas sur les îles de la mer d’Iroise et l’entrée de l’Aber Ildut ne se révèle à nos yeux qu’après avoir dépassé les Liniou. Quelle belle surprise que ce minuscule aber niché au cœur des terres finistériennes…
Nous avons le plaisir d’y observer en vol des courlis cendrés, espèce limicole que je n’avais encore jamais croisée sur nos côtes, ainsi que de surprenants amas rocheux dont certains nous évoquent des figures familières.

Je me languis de mouillages romantiques et le vent semble se maintenir Nord-Est pour les prochains jours. Nous larguons les amarres le lendemain pour nous engager dans le chenal du Four et passer la pointe de Saint-Mathieu avec le courant. Le paysage défile vite et Kervégon dépasse les 8 nœuds de vitesse entre le Cap Corsen et la Grande Vinotière.
C’est finalement avec l’appui du moteur que nous nous engageons entre les roches du Tas de pois après avoir passé la Rade de Brest, le vent ayant fini par nous abandonner à l’approche de la Pointe de Penhir. Le panorama est impressionnant et nous nous laissons aller dans la contemplation béate.

On jette l’ancre au pied des hauteurs de l’anse de Pen-hir, dans une eau turquoise qui appelle à la baignade. C’est l’occasion pour Léo d’aller vérifier l’hélice du moteur et de la libérer de l’énorme amas de “salade” (mélange d’algues) qui s’y était pris.
Le soir on se laisse amadouer par les douces lumières du couchant, on se dit que l’on est sacrément chanceux.ses… Et que jamais on ne se lassera de naviguer sur ces eaux aux reflets chatoyants, peuplées d’animaux de granit.

Après une bonne nuit de repos, on entame le tour du Cap de la Chèvre, au plus près des côtes pour ne rien manquer de ses criques et de ses reliefs époustouflants.
On mouille à nouveau notre ancre dans l’anse de Saint Nicolas à quelques mètres des falaises et de l’île Vierge, le temps d’une baignade et d’un déjeuner ensoleillé, avant de repartir en direction de Douarnenez.

A mi-parcours, alors que le vent retombe et que l’on peine à maintenir les 2 nœuds de vitesse fond, on tente de rallumer le moteur. Stupeur sur le bord, la manette des gaz ne répond plus et le moteur refuse de démarrer…
On fait quelques vérifications et l’on appelle Fernand – savant bricoleur et chef d’armement de l’association – à la rescousse. N’ayant pas réussi à identifier le problème, on contacte finalement le port de Tréboul pour les prévenir de notre arrivée le soir même… à la voile !
Compréhensifs et arrangeants, ils nous réservent une place en bout de ponton visiteur afin de nous faciliter la manœuvre.
En soirée, alors que l’on se présente tranquillement devant l’entrée du port, le dévent de l’île Tristan rend caduques nos voiles… Nous voilà mal engagés et l’on commence à douter de parvenir à rejoindre le ponton sur notre erre. Dans les cinq derniers mètres nous séparant du long side, le safran décroche et la barre ne répond plus. Heureusement pour nous, un autre voilier nous dépasse au moteur à ce moment précis : on le hèle et lui demande de bien vouloir nous remorquer jusqu’au catway, ce qu’il accepte volontiers.
Nous voilà enfin amarrés, prêts à partir à la recherche d’un mécanicien dès le lendemain.

Chanceux.ses nous sommes ! Nous parvenons à être dépannés le jour suivant par un mécano du coin qui identifie tout de suite l’origine du problème : il s’agit du relais du démarreur qui nous a lâchés. Il parvient à nous trouver une pièce de rechange dans la journée. Quand à la manette des gaz, ses crans sont fatigués et un tour de clef alen plus tard, la voilà à nouveau fonctionnelle. On se prépare à repartir en fin de nuit pour passer le Raz de Sein.

Cinq heures du matin, le moteur démarre et on largue les amarres. Une fumée blanche persistante inhabituelle nous alerte et l’on hisse rapidement les voiles à la sortie du port. On avance un peu en regardant les nombreux chaluts de Douarnenez rentrer de leur nuit de pêche.

Un peu plus tard, on tente de rallumer le moteur. Il ne répond plus. Après plusieurs essais infructueux, on décide de faire demi-tour et de revenir à Tréboul pour recontacter notre mécano. Surprise devant l’entrée du port, on retente un coup de clef et cette fois-ci le moteur part !
Un diagnostic plus tard : le relais et le démarreur fonctionnent, c’est à présent la clef du moteur qui reste bloquée en position démarrage. Le démarreur ayant surchauffé, c’est ce dernier qui était à l’origine des fumées blanches et c’est pourquoi il ne s’est pas remis en route immédiatement.
Fernand et Jean-Pierre avec lesquels nous étions restés en contact téléphonique ces derniers jours, au vu de l’accumulation récente de petites pannes, décident de nous rejoindre pour une vérification générale du moteur avant que nous repartions.

Enfin, nous voilà prêts à quitter la Baie de Douarnenez et à passer le Raz de Sein ! Ces derniers évènements ayant bien raccourci notre croisière, on décide de poursuivre la route jusqu’au Crouesty d’une traite.
On quitte Tréboul de nuit, en espérant un peu de répit et pouvoir rejoindre notre prochaine escale sans encombre…

De nuit, au Sud de la Baie de Douarnenez, alors que le brouillard nous entoure et que les eaux regorgent de planctons luminescents, deux dauphins communs se joignent à nous et décident de nous accompagner jusqu’au lever du jour. L’océan nous envoie-t-il un signe ?
Les côtes sauvages du Nord de la Cornouaille se dessinent progressivement derrière la brume tandis que le soleil apparaît à l’horizon, nous sommes seuls en mer et le spectacle de l’aube naissante est merveilleux.

Au loin l’île Tévennec, le phare de la Vieille et la Plate nous indiquent que nous arrivons devant le Raz de Sein. Le calme apparent des eaux dissimule à peine la puissance des courants qui le traversent. La visibilité est bonne à présent. Pourtant, l’île de Sein se cache et nous ne parvenons pas à l’apercevoir.
Dans la baie d’Audierne, le vent se lève et un nuage dense nous rattrape et nous enveloppe soudain. On ne voit plus qu’à quelques mètres autour de nous mais le vent ne faiblit pas et l’on avance à bonne vitesse au grand largue, étrange et inhabituel phénomène. Peut-être était-ce celui-là même qui dissimulait l’île de Sein à nos yeux un peu plus tôt ?

A la Pointe de Penmarc’h enfin la visibilité revient, les côtes réapparaissent et bientôt nous arrivons en vue de l’Archipel de Glénan ! On s’amuse à reconnaître ses îles et ses amers aux jumelles et l’on poursuit notre cavalcade sans s’arrêter.

Le soir tombe et les lumières de Groix apparaissent. Les quarts de nuit commencent, le temps est clair, la voûte céleste étoilée et nous sommes presque seuls sur l’eau à présent. Nous savourons ces instants rares et précieux de solitude et de calme.
En fin de nuit, une averse. Belle et courte. De quoi nous sortir brutalement de notre torpeur avant de s’engager dans le passage de la Teignouse, que je me réjouis de traverser de nuit car c’est pour moi une première.

Le jour se lève alors que nous passons à proximité du phare de la Teignouse. La nature s’éveille tandis que la fatigue gagne nos corps et que nos yeux peinent à rester encore ouverts.

A 10h30 le samedi matin, nous entrons au Crouesty. Nous allons nous coucher et prendre quelques heures de sommeil avant de réaliser que notre périple ensemble s’achève ici.

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