Petite virée bretonne mais grande première !

Au départ de Loctudy


Ça y est ! C’est parti ! Première grande navigation en tant que skippeuse! Un petit périple de 11 jours le long des côtes et des iles bretonnes mais une grande première pour moi et un peu d’appréhension, au départ, au vu de la météo peu clémente de ce début de mois d’août. Je m’étais déjà projetée : Grosse chaleur, petit brise marine, baignades… Las ! Éole et Poséidon en ont décidé autrement. Dix jours avant le départ je commence à scruter fébrilement les bulletins météorologiques, cartes de fronts, images satellites. Hum ! Rien de très engageant mais bon ! un météorologue averti vous dirait que, question météo, au-delà de trois jours rien n’est définitivement joué (sic). Quand même ! la tendance est là et je préviens mes futurs équipiers qu’il serait sage d’ajouter dans leur trousseau pulls chauds et vêtements de pluie.
Départ de Loctudy . Kervegon est au rendez-vous après une traversée record du golfe de Gascogne, sous la houlette de Jeannot. La prise en main du bateau est un peu longue : installation des équipiers, optimisation du rangement de l’avitaillement (le frigo ne fonctionne pas !), inventaire du bateau, etc., il faut que je reprenne mes repères. On est dimanche, il est 10h30 et il faut maintenant partir car sinon la sortie du port risque de devenir compliquée avec les courants. Un peu nerveuse, je dois m’y reprendre à trois fois pour sortir de la panne. Les rafales ne m’aident pas. Déjà deux propriétaires de bateau sortent sur le pont… Bernard, très calme, me dit que j’ai tout mon temps et que « ça va le faire ». Soulagement, nous quittons enfin l’allée : ça l’a fait ! Maintenant direction le ponton à essence… Rien qu’en regardant comment est orienté le vent par rapport au ponton, je me doute que l’accostage ne va pas aller de soi : pile de travers et soufflant depuis le ponton ! Une arrivée sur garde avant aurait été idéale (et j’ai reçu un bon entrainement !) mais je ne suis pas encore très sûre de moi et j’opte pour une solution un peu moins honorable : se rapprocher autant que possible et lancer nos aussières au deux personnes qui sont sur le ponton…Ça y est, le plein est fait, on quitte cette fois-ci, bien sûr sans encombre, le ponton. Du coin de l’œil, cependant, je zieute le bateau qui nous suivait et qui s’apprête lui aussi à prendre de l’essence. Après deux essais je le vois qui s’éloigne… sans avoir fait le plein. Il n’y avait plus personne sur le ponton ! Je sais, ce n’est pas très charitable, mais ça me rassure un peu : pour les autres aussi c’est compliqué !

Découverte des Glénans
Maintenant direction Les Glénans. Nous avions prévu initialement d’y rester deux jours mais, au vu des vents et de la houle annoncés pour la nuit, je préfère renoncer au mouillage envisagé et prévois de rentrer sur Concarneau le soir même. Tous mes équipiers connaissent déjà cet archipel et je suis la seule à n’avoir jamais navigué dans ces eaux. Connaissance très précieuse qui vont nous aider à repérer beaucoup plus facilement les alignements à suivre pour atteindre la Chambre, zone de mouillage au sud de l’île de Bananec. Quand nous arrivons là-bas, le vent s’est calmé et c’est c’est sous un grand soleil que nous découvrons les eaux bleu lagon de ce petit paradis !!!! Comme nous ne sommes pas très motivés pour gonfler l’annexe pour simplement quelques heures, il ne nous reste qu’une solution pour rejoindre l’Île St Nicolas : la baignade jusqu’à l’ile de Bananec, ensuite comme c’est marée basse, rejoindre à pied l’Île St Nicolas par le petit bras d’estran qui les sépare . Météo Glénan nous informe que la température de l’eau culmine à 16,5°C. Brrr !!! Il faut se motiver. Chantal nous ouvre la voie en se jetant rapidement à l’eau, avec sa combinaison cependant. Bernard suit pour la bonne cause : il faut vérifier s’il n’y a pas d’algues autour de l’hélice car le moteur semblait peiner en arrivant. Ce qui était le cas ! J’hésite car je n’ai pas de combinaison mais j’ai vraiment trop envie de découvrir de près ces petits îlots. Chantal, de retour, se propose de me prêter la sienne et me voilà moi aussi au paradis ! Olivier préfère opter, ce jour-là pour une observation visuelle du site mais il nous prouvera par la suite, qu’en tant que vrai briochin, ce ne sont pas les eaux froides qui le rebutent…

A l’assaut des remparts de Concarneau
Après ce petit bain revigorant nous repartons, en milieu d’après-midi, pour le port de Concarneau, vent de sud ouest, force 4 à 5 et mer devenant agitée. Trois dauphins viennent nous tenir compagnie, en cours de route. L’arrivée se fait vers 20h30. Le lendemain, une forte pluie est prévue pour toute la journée aussi, nous décidons de rester sur Concarneau et de jouer les touristes : promenade mouillée sur le marché, visite de la ville close, de ses remparts ainsi que du musée de la pêche, premier musée français exclusivement consacré à la pêche et doté d’une pièce remarquable, l’Hémérica, grand chalutier en cours de restauration qui témoigne du métier et de la vie au chalutage. Ensuite, comme tous les touristes, nous allons compenser notre manque de soleil devant une belle assiette. L’estomac plein, retour au bateau et non pas TSF ( Transfert de Savoir Faire) mais Auto-F, comprendre Auto-Formation à OpenCPN, logiciel libre de navigation. Et oui ! Malgré nos activités touristiques de la journée on reste des voileux…Chacun à sa tablette ou à son téléphone et on joue à celui qui aura le premier tracé sa route. Belle émulation, on a tous beaucoup progressé car avant personne ne maitrisait vraiment ce logiciel, et aussi beaucoup ri…

BMS et Bénodet
Le lendemain,mardi, plus de pluie mais nouvelle guère enthousiasmante : la tempête Patricia nous rattrape et un BMS est prévu pour la journée de mercredi. Nous décidons de changer de quartier et de faire un petit saut pour se réfugier à Bénodet avec le projet de naviguer éventuellement sur l’Odet le mercredi si les conditions en rivière le permettent. La distance à parcourir n’est pas très grande,16 milles seulement mais les conditions de navigation, mer agitée et vent ne sont pas très bonnes pour un équipier peu amariné… Coup de chance nous arrivons un peu avant la mi-marée et nous obtenons une place au ponton que nous rejoignons un peu en crabe… Une demi-heure plus tard, en allant payer notre place à la capitainerie je comprends , en les écoutant parler au téléphone qu’ils ne permettent plus aux plaisanciers d’accéder aux pontons et qu’ils les renvoient systématiquement sur des bouées. Ils m’expliquent qu’en raison du courant dans le port, à cette heure-là, seuls les habitués sont éventuellement autorisés à rejoindre leur place. Nous allons nous balader en ville, bientôt rattrapés par la pluie et plutôt déçus. Rien de très intéressant à voir en dehors d’une petite exposition de peinture et surtout trop mouillés pour être ensuite acceptés dans les bars un peu cossus de la ville. Nous finissons par trouver refuge dans le bar PMU où nous restons assez longtemps, l’objectif étant de parvenir à sécher un peu nos vêtements avant de rejoindre les locaux exigus (mais chaleureux!) de notre valeureux Kervegon.
Le lendemain, mercredi, journée BMS, avis de grand frais à coup de vent, un peu moins de pluie mais de très fortes rafales de vent. Le projet de naviguer sur l’Odet n’est plus d’actualité. Nous décidons de changer l’écoute de génois qui donne de grands signes de fatigue. Le propriétaire du magasin d’accastillage se frotte les mains. Les affaires marchent bien aujourd’hui ! Chantal, malade, hésite mais difficile de lui promettre de bonnes conditions de navigation pour les jours à venir ainsi que la garantie d’être toujours dans un port. Elle prend finalement la décision de nous quitter dans l’après-midi et de rentrer chez elle. Nous allons faire une dernière balade, tous ensemble, en descendant l’Odet jusqu’à la mer Blanche où quelques véliplanchistes et amateurs de kitefoil se sont quand même aventurés en dépit des mauvaises conditions météorologiques. Le soir, histoire de ne pas se laisser abattre, repas gastronomique au menu ! Bernard nous prépare sa recette fétiche : le riz à la cubaine. Heureusement, nous sommes au port et nous avons beaucoup de temps devant nous…Toutes les gamelles de notre modeste cuisine y passent ! Mais le résultat est à la hauteur des efforts fournis ! Après le repas nouveau point météo. Les conditions s’améliorent jeudi. Éclaircies, Vent force 5. Seule une forte houle se renforçant dans la journée vient noircir un peu le tableau. Nous décidons de rallier Port Tudy sur l’île de Groix. Des solutions de repli sont cependant envisagées au cas où… Mais attention cela implique un réveil matinal (pour des vacanciers!). Il faudra impérativement quitter le port avant 7h30, dernier délai si on veut éviter les problèmes de courant, donc lever 6h30 ! Repus, nous allons nous coucher sans désespérer du lendemain.

L’ile de Groix sous différents angles
Nous quittons le port de Benodet au petit matin vers 08h05 (Hum! Léger décalage acceptable!). La houle s’avère finalement moins forte que prévue même si elle se renforce progressivement. La traversée se fera d’une seule traite, vent arrière, voiles en ciseaux, bôme retenue et génois tangoné. Une belle navigation de 8h. Nous croisons à nouveau un groupe de dauphins, plus nombreux que la première fois et visiblement en chasse. En milieu de parcours, surprise ! nous constatons que l’ antenne VHF n’est plus à la verticale mais à l’horizontal. Un appel vers le sémaphore de Beg Meil nous rassure cependant. Pour l’instant on nous reçoit encore « fort » et « clair ». Mais un peu plus tard nous nous rendons compte que désormais l’antenne pend tristement le long du mât et que cette fois-ci nous n’avons plus de réponse à nos appels. La navigation se déroule bien, nous disposons encore à bord de la VHF portable donc nous décidons de poursuivre notre route jusqu’à Port Tudy. Nous arrivons tôt et à notre grande satisfaction nous trouvons facilement une place au port. La plupart des plaisanciers ont préféré attendre encore un peu avant de sortir et les bateaux ne se bousculent pas à l’entrée. C’est en effet une bonne nouvelle, car je me doute qu’il va falloir grimper au mât pour intervenir sur l’antenne et je préfère nettement faire cette montée en étant amarrée solidement à un ponton, histoire de ne pas redescendre les jambes pleines de bleus. Le temps de régler les formalités d’admission au port, d’appeler la hotline BCC ( comprendre : Fernand) pour faire un point sur le mode de fixation de l’antenne en haut du mât, de trouver le harnais, de rassembler tous les outils dans un seau, de réfléchir aux drisses qu’il faut utiliser : drisse de grande voile pour se hisser, génois pour la sécurité et pour monter le seau … balancine (Merci Bernard!), il est déjà 19h00 quand l’ascension débute. On me fait gentiment mais rapidement comprendre que, même si je suis la plus légère du groupe, je fais quand même mon poids et que les winchs de Kervegon sont moins efficaces que ceux de VDB2 et qu’il va falloir que j’utilise aussi mes petits bras pour me hisser. Pfff !!! Message bien reçu !!!
Arrivée là-haut bonne nouvelle, les fils de l’antenne ne semblent pas endommagés. L’écrou, la rondelle autobloquante, la rondelle plate tout est encore là . Il suffit juste de tout refixer. Il faudra ensuite essayer de comprendre pourquoi l’écrou s’est dévissé. Est-ce réellement du à la tempête ou à un autre phénomène ? Mais pour l’instant l’antenne a retrouvé sa position initiale et je peux redescendre. Les essais ultérieurs montreront que la VHF refonctionnent correctement en dehors de l’apparition de quelques grésillement parasites. Avant de retrouver le pont, je prends quand même le temps d’admirer la vue imprenable qui s’offre à moi depuis mon perchoir !
Le lendemain, lever tardif vers 9h30. Il faut rendre les heures de sommeil volées la veille. L’équipage est très pointilleux sur la question ! Nous restons la journée sur l’ile. Jolie balade jusqu’à la plage des grands sables, baignade sans combinaison pour Olivier, ( pourtant la température de l’eau n’a pas augmenté !) et départ en fin d’après-midi pour Port-Louis.

Lorient, son festival interceltique, les rencontres, la cité de la voile
Objectif : le festival interceltique de Lorient. Nous avons découvert que nous avions à bord, en Olivier, un expert en fest-noz et un grand fan de cette manifestation. Nous devons rejoindre à terre, sa femme et son beau-frère, eux aussi grands adeptes de ces danses. Nous allons passer une très belle soirée avec au programme guinness, kilts, concert de musique celte et fest-noz et comprendre que ces danses tissent un lien intergénérationnel très fort entre les bretons. Pas de souci pour rentrer très tard le soir : bus et navibus parfaitement coordonnés fonctionnent jusqu’à 2h30 du matin et desservent les différents ports de Lorient. Le lendemain, nouveau BMS mais peu nous importe car nous avons décidé de profiter un jour de plus de Lorient et de ses attractions. Jean-Yves rejoint ce matin l’équipage et terminera avec nous la croisière. Si, si, on peut presque appeler comme cela la dernière partie de cette navigation! Le midi, nous recevons avec bonheur la visite de Fernand et de sa femme et nous constatons que nous sommes placés juste devant son bateau, un bien joli bateau si bien aménagé et entretenu qu’on ne lui donne guère son âge. L’après-midi, visite de la cité de la voile et le soir retour sur le festival.

De Lorient au Pellerin en passant par Houat, Hoëdic et St Nazaire
Les jours suivants les conditions météorologiques s’améliorent et nous en profitons: mouillage à Houat le dimanche soir sur la grande plage au sud de l’ile avec retrouvailles et goûter sur le bateau d’un ami. Promenade sur l’ile le lundi et départ le soir, sous spi, pour aller mouiller sur Hoedic devant le grand mulon. Moi je ne maitrise pas trop la navigation sous spi et c’est Bernard qui nous propose une TSF que nous suivons tous attentivement. Mardi balade sur Hoedic et départ pour St Nazaire. Quelques jolis bords sous spi ( 2 nouvelles TSF offertes mais il en faudra encore pour maitriser totalement toutes les manœuvres) vont nous permettre de rejoindre le plateau de la Banche, au large de Pornichet plus rapidement que prévu si bien qu’on décide d’aller observer d’un peu plus près le grand parc éolien avant de rejoindre l’écluse Est du port de St Nazaire, après avoir reçu l’autorisation de passer une nuit au port et avoir aussi attrapé en passant trois beaux maquereaux que Jean-Yves nous prépare en carpaccio. Merci pour sa grande patience car il faut enlever toutes les arêtes !
Mercredi matin, après un superbe lever de soleil dans la brume du port , passage de l’écluse de 7h50 pour remonter la Loire et arriver devant Le Pellerin vers 11h30, pile au moment de l’étale, juste à temps pour installer confortablement Kervegon devant son nouveau port d’attache. Jeannot nous attend et c’est dans une superbe barque métallique propulsée par deux morceaux de planche que nous rejoignons la terre ferme.

Epilogue
Un chaleureux repas viendra clore ce joyeux périple rendu possible grâce à la présence d’un second très expérimenté et d’un équipage très efficace et très enthousiaste mais aussi grâce à tous les skippers de BCC qui, à terre ou en mer, m’ont fait partager leur expérience tout au long de ces dernières années et ont rendu possible cette prise en mains du bateau! Cette première expérience a été très enrichissante pour moi et les nombreux échanges que nous avons eu à bord, contradictoires ou complémentaires, ont permis à chacun, je pense, de progresser tous ensemble dans cette belle discipline qu’est la voile !

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